Homélie du 4e dimanche du T.O. - 28 janvier 2018

De bonnes nouvelles pour l’enseignement

par

Frères et sœurs, le plus dur est-il derrière nous? Je ne parle pas de la météo, encore que…, mais de l’année scolaire et universitaire. Je veux parler de nos “chères études” et de nos “chers écoliers”, catéchisés, petits et grands, scouts et progressants dans toutes sortes d’activités scolaires et périscolaires, sans oublier nos chers frères étudiants qui sortent d’examens. Cinq mois après la rentrée et cinq mois avant les grandes vacances (ou les ordinations), nous voici à mi-parcours, moment propice pour faire le point.
C’est l’Évangile qui nous y invite en présentant Jésus qui enseigne (sans compter que nous fêtons en ce 28 janvier saint Thomas d’Aquin, éminent enseignant, dans la discipline suréminente qu’est la théologie!).
À vrai dire, déjà ces deux précédents dimanches, la liturgie nous présentait le thème de l’enseignement avec l’appel des disciples. Car qu’est-ce qu’un disciple sinon un enseigné, à l’école d’un maître : “Maître, où demeures-tu? — “Venez et voyez” (Jn 1, 38-39) ; et ce, en vue d’apprendre de lui : “Venez derrière moi, et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes” (Mc 1, 17).

Aujourd’hui nous voici à pied d’œuvre avec Jésus, Pierre, André, Jacques et Jean, et les fidèles de la synagogue de Capharnaüm. “Et aussitôt […] il enseignait.”
Jésus enseigne, car si le disciple est un “follower”, un “suiveur”, c’est pour être un écoutant qui docilement se laisse enseigner. Marc ne nous renseigne pas sur le contenu de l’enseignement de Jésus, ce sabbat, à la synagogue de Capharnaüm… Jésus commentait-il la Loi ou les Prophètes comme il le fit à Nazareth (cf. Lc 4, 16 s.) ? Enseignait-il au sujet du sabbat ? Remettait-il en cause l’autorité des pharisiens hypocrites ? Ébauchait-il déjà le thème du Pain de vie qu’il développera plus tard en cette même synagogue ? Marc n’en dit mot. L’évangéliste insiste sur le fait que les gens étaient frappés par l’enseignement de Jésus : “Il les enseignait comme ayant autorité, et non comme les scribes.”. On dirait aujourd’hui que l’auditoire a davantage été sensible à la forme qu’au fond lui-même…
Dans l’assemblée synagogale, un homme pourtant se signale : aurait-il été plus attentif que les autres au fond de la leçon ? Non. Il intervient de façon abrupte et véhémente : “Quoi de nous à toi, Jésus le Nazarène? Tu es venu nous perdre ? ! Je sais qui tu es, toi : le Saint de Dieu !”
Voilà qu’il produit de l’effet ce drôle de “loustic” ! Il s’agit en réalité d’une épreuve de force. Dans les Zones d’Éducation Prioritaire (ZEP), on sait que c’est au premier contact avec une classe qu’un enseignant gagne son année… ou la perd. L’agitateur de service est chargé d’éprouver le nouveau prof’. Jésus intime donc à ce turbulant, comme une bête enragée, de “se museler” : tais-toi [en grec, cela claque comme un coup de fouet : phimôthêti !]
Ah, que ça fait du bien ! Combien de fois les enseignants ont rêvé de tenir en respect par un mot, une attitude, les perturbateurs ; de troquer enfin la casquette du “gendarme” pour celle de l’enseignant, leur vocation réelle. Jésus, par un seul mot (phimôthêti !), commande et réprime le débordement de l’homme agité par un mauvais esprit. Le reste de la classe, effrayé, n’en revient pas : “Qu’est cela ? un enseignement nouveau, donné d’autorité ! Même aux esprits impurs il commande et ils lui obéissent !”

Frères et sœurs, en préparant cette homélie je me suis dit qu’il y avait peu de risques pour que soient présents ce matin dans notre église des personnes liées par des esprits impurs et véhéments, et que vous seriez a priori plutôt du groupe des dociles et des studieux. Je pensais ne pas avoir à reproduire le phimôthêti ! de Jésus. Du coup, je me doutais aussi que manquerait un certain effet de majesté et de frayeur conséquent à un claquant phimôthêti ! que Jésus aurait dû intimer à travers mon pauvre ministère… Bon, de toute façon vous n’êtes pas à exorciser (quoique… le mal, l’indocilité et la rébellion, ou simplement la somnolence, sont toujours à extirper du cœur des disciples… même le « premier de classe » qu’est Simon-Pierre a été indocile, lourd et somnolent, lui sur qui Jésus bâtirait son Église).
Cette page de l’Évangile doit forcément nous apprendre quelque chose qui nous concerne ! Elle doit bien être un “enseignement nouveau” qui manifeste l’autorité de Jésus… Posons la question autrement : en quoi l’autorité de Jésus constitue-t-elle une bonne nouvelle pour nous ? Ou : pourquoi faisons-nous bien de suivre Jésus et de nous mettre à son école ? J’énumère plusieurs raisons, plusieurs bonnes nouvelles de Jésus enseignant auprès des disciples que nous sommes :

  • 1re bonne nouvelle, Jésus est un maître qui n’a pas peur : l’auditoire n’a pu déceler en lui le moindre doute (souvenez-vous d’ailleurs qu’à 12 ans déjà il est retrouvé “assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ; et tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses” – Lc 2, 47)
  • 2e bonne nouvelle, Jésus est véridique : ce qu’il dit, il le fait. Mieux : il l’est. Il est le Verbe auprès de Dieu par qui tout a été fait ! Quelle majesté et quelle leçon pour les Pharisiens et pour nous qui sommes tentés par les faux-semblants !
  • 3e bonne nouvelle, Jésus a du contenu à nous dispenser : il est la clé des Écritures ! Dans tout l’Évangile il manifeste ce contenu, il annonce le Royaume : une parole accompagnée d’actes de puissance, de signes de majesté.
  • 4e bonne nouvelle, Jésus nous donne part à sa vérité en nous libérant du mensonge : voilà de quoi décontenancer la jactance et l’ironie des esprits impurs qui résistent et agitent la classe. Paradoxe ultime : sa puissance d’exorcisme ne les condamne pas, mais leur donne accès à son enseignement (moyennant qu’ils soient « muselés » et libérés) !
  • 5e bonne nouvelle, Jésus est la clé du mystère de chacun d’entre nous. Le plus dur est bel et bien derrière ! Avec Jésus, nous marchons libres et sauvés, dans la longue dernière ligne droite qui nous prépare au bonheur du Ciel !
  • 6e bonne nouvelle, Jésus associe ses disciples à son acte d’enseignement : enseignant les foules en leur présence, ceux-ci apprennent de lui sa manière d’enseigner : “Le disciple n’est pas au-dessus du maître; tout disciple accompli sera comme son maître” (Lc 6, 40) ; et : “Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit (Mt 28, 19-20).

Voilà donc l’autorité de Jésus : un service de charité éminent, une diffusion de la Vérité qui libère (caritas veritatis).
Jésus est réellement ce prophète que le Seigneur notre Dieu a suscité au milieu de nous, que nous pouvons écouter, dont l’autorité ne consiste pas à terrifier ou maintenir en sujétion, mais au contraire à libérer, élever et faire grandir, comme une plante son tuteur.