L’Évangile des Rameaux vient d’être proclamé et nous allons entendre maintenant l’Évangile de la Passion selon saint Luc. La liturgie de ce dimanche veut nous faire entrer dans la juste disposition pour saisir la « logique » divine que suit Jésus et qu’il nous invite à faire nôtre ; c’est la condition pour célébrer dans toute sa vérité le mystère de la Pâque chrétienne dans la nuit de samedi à dimanche prochain.
Souvent, dans sa vie publique, Jésus a mis l’accent dans sa prédication sur deux attitudes fondamentales : la douceur et l’humilité. Béatitude des doux, humilité du publicain… Jésus s’est comme « défini » par cela : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 29). Le jour des Rameaux, Jésus accomplit l’oracle de Zacharie (Za 9, 9) : il entre à Jérusalem comme un Roi doux et humble, sans aucun attribut de la puissance publique, monté sur un petit âne. La Semaine Sainte, et particulièrement les trois Jours Saints, va mettre en relief cela en mettant en fort contraste la violence extrême et l’orgueil démesuré des élites religieuses et politiques qui conduiront Jésus jusqu’au tombeau par une mort pleine d’infamie et de douleur. Il semble bien que nous avons là une représentation saisissante de notre monde quand la « logique » humaine, laissée à elle-même, prend toute la place : guerres culturelles, politiques, militaires, économiques dont les victimes sont toujours les petits. Mais aussi dans nos vies personnelles : difficultés de la vie familiale, dans la vie professionnelle, dans la vie ecclésiale…
Faut-il en rester là et estimer, comme certains penseurs l’ont dit, que la religion chrétienne est une religion de perdants ?
Non, mais il faut en passer par là pour que, la folie humaine ayant craché tout son fiel, la Sagesse de Dieu se manifeste : elle illumine toute notre vie, dans cette aube nouvelle qui vide le tombeau et nous fait participer à cette vie divine, seule capable de vaincre le mystère si épais du mal. Il n’y a pas d’autre chemin : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mt 16, 24).