Homélie du 13 mai 2012 - 6e DP

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Cinq semaines se sont écoulées depuis que nous chantons la Résurrection. Cinq semaines depuis que nous chantons la victoire de la vie sur la mort. Cinq semaines depuis que nous célébrons le triomphe de l’amour sur la haine. Cinq semaines depuis que nous annonçons la victoire de la fraternité sur la division. Oui frères et sœurs, cinq semaines depuis que nous célébrons Pâques. Car célébrer Pâques c’est tout cela. Mais cinq semaines après, alors qu’il se prépare à passer de ce monde à son Père, Jésus vient, par cet évangile que nous venons d’écouter, comme par un testament d’un père à ses enfants, nous préciser ce qui, en définitive, doit être notre vraie célébration de sa Résurrection: «Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour.» (Jean 15,9). Oui mes frères, c’est là ce à quoi il nous faut davantage travailler si nous voulons que toute notre vie devienne une vraie Pâques. Le Seigneur nous l’a offerte, cette Pâques, pour que nous y demeurions en la vivant pleinement, c’est à dire en la faisant passer de sa dimension simplement liturgique à une dimension purement vitale. Par sa Résurrection, Jésus a voulu nous communiquer son Amour, l’Amour qu’il vit avec son Père et l’Esprit Saint dans la Trinité sainte que nous célébrons d’ailleurs dans trois semaines. Cet Amour, il en a fera une longue prière dans l’Évangile du dimanche prochain lorsqu’il il demandera à son Père de nous garder dans l’unité. En effet, le Seigneur sait que si nous devenons unis dans l’Amour comme lui l’est avec le Père, nous pouvons, comme lui, tout obtenir et tout réussir.

Mais qu’est-ce donc que demeurer dans cet Amour du Christ sinon vivre dans l’observance de son commandement? «Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour…Mon commandement le voici: Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.» (Jean 15, 10 et 12). Voilà ce qui doit être notre vraie célébration de Pâques au quotidien frères et sœurs. Voilà ce qui en nous peut mieux rendre compte de la Résurrection chez ceux qui doutent et que nous voulons amener à la foi. «C’est par l’amour que vous aurez les uns pour les autres que le monde reconnaîtra en vous mes disciples». Nous savons pourtant que c’est lorsqu’il s’agit de passer à ce type de célébration pascale qui n’a rien de rituel et de liturgique, mais qui doit se manifester dans nos relations interpersonnelles que, très souvent, nous abdiquons. Oui, à l’instar du jeune homme riche qui a aimé approcher le Seigneur, mais qui s’est dérobé quand Celui-ci lui a révélé la vraie façon de l’aimer – si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux; puis viens, suis moi. (Mt 19, 21) -; nous aimons à chanter sa Résurrection souvent sans assumer jusqu’au bout son commandement d’amour à l’égard de nos proches, de nos amis et même de nos ennemis.

Qu’on se le dise frères et sœurs, la Résurrection du Christ, loin d’être un simple moment d’exultation liturgique, doit nous conduire jusqu’à la transformation de notre vécu quotidien en un chant d’amour. Voilà ce que veut nous faire comprendre Jésus quand il nous prescrit de nous aimer les uns les autres? A nos dépens il affirme au sujet de l’amour qu’il n’ y en a pas de plus grand que celui qui va jusqu’à donner sa vie pour ceux qu’on aime. A sa suite, nous pouvons donc affirmer qu’il n’y a pas meilleure façon de chanter la Résurrection du Christ et d’y participer sinon de mourir à soi-même et à ses égoïsmes, pour ne vivre que pour Dieu et pour les autres. Il s’agit d’emprunter le chemin du don parfait de soi que lui-même a emprunté pour nous sauver. N’oublions pas que le serviteur n’est pas plus grand que son maître. Et s’il veut devenir grand il doit lui ressembler en imitant ce que lui le maître a eu à entreprendre. «Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande.» (Jean 15,14). On comprend qu’on ne saurait dès lors prétendre porter les fruits de sa Résurrection si on se dérobe à la pratique de son commandement d’amour, ne la limitant qu’à des simples pratiques cultuelles des dimanches. Car «ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur qui hériteront du Royaume des Cieux, mais ceux qui font la volonté de Celui qui m’a envoyé.» Et saint Jean de déclarer dans la deuxième lecture que nous avons écouté: «Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu, et ils connaissent Dieu. Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour.»(1 Jean 4, 7-8).

Loin donc de vouloir nous dérober, il nous convient, en ce sixième dimanche qui nous prépare à l’Ascension et à la Pentecôte, de revenir sur nous-mêmes et examiner notre manière d’être disciple dans notre train-train quotidien. Qu’est-ce donc devenir un vrai disciple sinon mettre plus d’amour et plus de fraternité autour de moi, à l’intérieur de ma petite famille et dans toutes mes relations avec les autres; ne point me dérober au regard de mes semblables lorsque ceux-ci sont malades, démunis ou délaissés? Qu’est ce donc devenir disciple du Christ sinon transformer ce qui fait mon trésor à longueur des journées (à savoir ma réputation et ma réussite personnelles) en une quête permanente de conversion et de bien-être de toute notre communauté? Car où est ton trésor dit le Seigneur, là aussi sera ton cœur. La résurrection du Christ nous invite à donner un autre trésor à notre cœur: en faire un cœur qui, libéré de l’orgueil de nos convictions personnelles, ne garde plus de place pour rien sinon pour le commandement d’amour tel que le Christ nous l’a enseigné. Le Ressuscité que nous chantons frères et sœurs, a ouvert ses bras à l’enfant prodigue que nous étions, a recherché la brebis perdue, a accueilli Marie Madeleine, s’est invité chez Zachée, a protégé la femme adultère, a mangé avec les publicains et les pécheurs, a guéri l’aveugle de Jéricho, a promis le Paradis au bon larron, a touché les lépreux, a ressuscité le serviteur du centurion romain. Bref, il a passé partout en faisant le bien à son prochain. Nous sommes ses amis, si nous savons nous conduire comme lui aux yeux du monde.

Mais qui sommes nous pour prétendre à une sainteté si parfaite? «En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire» (Jean 15,5) nous a dit le Seigneur le dimanche dernier. Demandons lui donc par cette eucharistie de nous donner la force nécessaire afin de ne point nous dérober à cette mission qui, depuis sa résurrection, est devenue la nôtre, mission qui consiste à faire régner par nos paroles et notre exemple, un monde d’amour. Prions pour que la fête de la Pentecôte qui approche soit pour nous un moment de sortir de nous-mêmes, de nos peurs et de nos égoïsmes pour ne vivre que d’amour en le communiquant au monde qui nous entoure. Saint Dominique notre père et saint François d’Assise avaient réussi ce pari d’amour, l’un se privant de sommeil et de tout repos pour ne rechercher que le salut des pécheurs, et l’autre demandant sans cesse au Seigneur de le faire bruler de sa charité, en le rendant capable de mettre l’amour où se trouverait la haine, le pardon où se trouverait l’offense, et l’union où régnerait la discorde. Qu’à leur intercession, ainsi qu’à celle de Mère du ciel, nous portions des fruits d’une vraie Résurrection. AMEN!

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