Homélie du 28 avril 2024 - 5e Dimanche de Pâques

À la suite de saint Paul, dans l’abandon au Christ !

par

fr. Dominique-Marie Cabaret

Nous lisons régulièrement les Actes des Apôtres durant le temps pascal. La scène, que nous avons entendue aujourd’hui, se situe environ 5 à 6 ans après la résurrection de Jésus (Ac 9, 26-30) : « Arrivé à Jérusalem, Paul essayait de se joindre aux disciples mais tous en avaient peur, ne croyant pas qu’il fût vraiment disciple ! Alors Barnabé le prit avec lui, l’amena aux Apôtres et leur raconta comment, sur le chemin, Saul avait vu le Seigneur et avec quelle assurance il avait prêché à Damas au nom de Jésus. »

On sait par la Lettre aux Galates que les apôtres en question sont a priori saint Pierre et saint Jacques le mineur. Le premier n’est plus à présenter, le second est, selon la tradition, le premier évêque de Jérusalem, le « frère » de Jésus, autrement dit un de ses cousins. Barnabé, dont le véritable prénom est Joseph et dont le surnom signifie « fils d’encouragements », est un lévite originaire de Chypre, qui avait vendu un champ et qui en avait apporté l’argent aux Apôtres. Il dut se porter caution auprès de la jeune communauté chrétienne de Jérusalem qui avait de bonnes raisons de se montrer méfiante vis-à-vis de Paul.

On le comprend puisque Paul avait approuvé la lapidation d’Étienne (Ac 8, 1-2) et qu’à la suite de cette lapidation, il avait participé à la persécution contre l’Église de Jérusalem. Les Actes des Apôtres en donnent un résumé glaçant (Ac 8, 3) : « Quant à Saul, il ravageait l’Église ; allant de maison en maison, il en arrachait hommes et femmes et les jetait en prison. » Il avait donc des appuis en haut lieu, puisqu’il parvint à rencontrer le grand prêtre de l’époque, qui présidait le Sanhédrin, cette assemblée haute, qui avait été à l’origine de la condamnation de Jésus par Pilate (Ac 9, 1-2) : « Cependant Saul, ne respirant toujours que menaces et carnage à l’égard des disciples du Seigneur, alla trouver le grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s’il y trouvait quelques adeptes de la Voie, hommes ou femmes, il les emmenât enchaînés à Jérusalem. »

S’ensuit le départ de Saul pour Damas et sa conversion sur le chemin (non loin de Damas). Je ne vais pas la relater ici, vous la connaissez. Vous vous reporterez aux trois récits qui en sont faits dans les Actes des Apôtres. Il importe seulement de noter que Paul va se mettre aussitôt à discuter dans les synagogues de Damas avec les juifs pieux qui, constatant sa conversion, vont lui devenir hostiles, au point qu’on va chercher à le mettre à mort. D’où le fait que, pour le faire échapper à l’ethnarque du roi nabatéen Arétas IV, les chrétiens de Damas furent obligés de faire descendre Paul du haut du rempart dans une corbeille depuis une fenêtre (2 Co 11, 32). Selon la Lettre aux Galates (Ga 1, 17-18), Paul passa alors trois ans en Arabie.

Voilà où nous en sommes dans le passage des Actes des Apôtres lu en ce jour : ce Saul qui, selon ses propres dires, a mené « une persécution effrénée contre l’Église de Dieu », revient à Jérusalem pour la première fois depuis sa conversion. On comprend que les chrétiens de Jérusalem, dont certains doivent se souvenir d’avoir été mis en prison par lui, aient pu être méfiants : « On le dit converti ! N’est-ce pas une nouvelle ruse pour mieux nous compter et nous persécuter ? Ne doit-il pas commencer par nous demander pardon ? »

En fait, Paul ne put rester que quinze jours à Jérusalem (Ga 1, 18) tellement sa présence devint vite insupportable à ses vieilles connaissances juives, ses anciens amis, avec qui il avait œuvré pour persécuter les premiers chrétiens ! Il fallut donc l’exfiltrer en douce vers le port de Césarée Maritime pour que Paul rejoigne sa ville natale, Tarse, en Turquie actuelle. Le danger était d’être lapidé, comme saint Étienne quelques années plus tôt. Le Seigneur d’ailleurs eut la délicatesse d’avertir Paul du danger qu’il courrait, en lui apparaissant dans le Temple, alors qu’il était en train de prier : « De retour à Jérusalem, il m’est arrivé un jour que je priais dans le Temple, de tomber en extase. Je vis le Seigneur, qui me dit : “Hâte-toi, sors vite de Jérusalem car ils n’accueilleront pas ton témoignage à mon sujet.” — Seigneur, répondis-je, ils savent pourtant bien que, de synagogue en synagogue, je faisais jeter en prison et battre de verges ceux qui croient en toi ; et quand on répandait le sang d’Étienne ton témoin, j’étais là, moi aussi, d’accord avec ceux qui le tuaient, et je gardais leurs vêtements » (Ac 22, 17-21). Paul est donc convaincu qu’il va réussir à persuader ses anciens amis parce qu’ils ne pourront contester qu’ils étaient de leur côté quelques années plus tôt et qu’ils ne pourront que le croire. Mais Jésus lui dit : non ! « Va ; c’est au loin, vers les païens, que, moi, je veux t’envoyer. »

Et c’est ainsi que Paul partit en mission et qu’il connût à quel point il lui fallait souffrir pour le nom du Christ (Ac 9, 16) ! « Souvent [je fus] en danger de mort, cinq fois j’ai reçu des Juifs quarante coups moins un, trois fois j’ai été battu de verges, une fois j’ai été lapidé, trois fois j’ai fait naufrage, j’ai passé un jour et une nuit dans l’abîme. […] Dangers des fleuves, dangers des brigands, dangers de la part de ceux de ma nation, dangers des païens, dangers dans les villes, dans les déserts, sur la mer, parmi les faux frères, etc. » (2 Co 11, 22-26).

Rassurez-vous : j’arrête ici de raconter la vie de Paul ! Il m’a semblé cependant important de vous la rappeler car il est bon de vivre avec les saints ! Certes, il y a les saints des temps modernes, qui nous sont aussi très précieux ! Mais nous replonger dans les évènements de l’Église primitive nous permet peut-être davantage de relativiser et de nous donner courage dans notre propre vie chrétienne ! L’Église a tant connu d’épreuves depuis son origine ! À la manière de Paul — même si nous n’avons pas d’apparitions du Christ comme lui — le Seigneur est là, avec nous, il ne nous abandonne pas dans son amour infini pour chacun d’entre nous. Pas un cheveu de notre tête ne tombe sans qu’il le sache. De plus, du ciel, avec tous les autres saints, saint Paul ne peut que nous soutenir dans la communion des saints.

Autrement dit, la vie de Paul, que ce passage des Actes nous donne de revivre, nous ramène à l’essentiel en nous incitant à nous abandonner au Christ. On l’a entendu dans l’évangile de ce jour : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voulez et cela se réalisera pour vous ! C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruits ! » La vie de Paul en a porté beaucoup ! La preuve, on est ici pour en parler ! Mais cela ne lui est pas réservé : ce qui s’est passé pour Paul peut aussi se passer pour chacun d’entre nous, à notre mesure sans que cela ne fasse nécessairement du bruit ! Car Dieu aime agir dans la discrétion !

Il y a derrière cette attitude spirituelle le désir de la sainteté qui doit nous animer tous ! Désir qu’il est bon de ranimer de temps en temps par la grâce de Dieu ! Oui, nous devons désirer être saints, nous devons désirer être unis au Christ pour porter du fruit par lui, avec lui et en lui ! Jésus nous l’a rappelé : « Hors de moi, vous ne pouvez rien faire », mais avec lui, nous pouvons tout !

Je vous propose donc de demander aujourd’hui pour chacun d’entre nous, par l’intercession de Paul et de tous les saints, en particulier la Vierge Marie, un surcroît de grâces pour ranimer en nous notre désir de sainteté ! Quels que soient notre âge, notre condition et notre passé ! Il n’est jamais trop tard : regardons Paul qui, selon ses propres dires, avait du sang sur les mains. Oui, gardons courage, car Jésus a vaincu le monde, il est allé nous préparer une place dans la maison du Père ! Il est avec nous jusqu’à la fin du monde et nous sommes à l’aube de notre propre éternité !

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