Homélie du 1 mars 2026 - 2e Dimanche du Carême

Apprends de Dieu à L’écouter !

par

fr. Hugues-François Rovarino

Écouter l’homélie

1. C’est curieux chez Simon-Pierre ce besoin de faire des phrases ! Dès qu’une réalité lui échappe, aujourd’hui l’apparition de Moïse et d’Élie, il lui faut aussitôt parler, occuper le terrain. « Le sage tourne sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler », dit-on ; mais Simon-Pierre réagit à l’émotion. Maladroit, il se sent pourtant obligé d’intervenir. Cela s’explique : Simon n’est-il pas un disciple de la première heure ? Et n’a-t-il pas à Capharnaüm, avec Jacques et Jean déjà, accompagné le Sauveur pour la résurrection de la fille du chef de synagogue, Jaïre ? Devant eux, Jésus n’a-t-il pas révélé sa Puissance ? Ne vient-il pas récemment de confesser par grâce qui est Jésus ? Ne vient-il pas d’être désigné comme Pierre de l’Église par le Seigneur ?
Alors, convié par Jésus avec Jacques et Jean, pour la deuxième fois, voilà Simon-Pierre, conscient de ses devoirs et de son rôle. Il intervient. Moïse et Élie apparaissant, on est dans l’exceptionnel ! Pauvre Pierre, les mots justes lui ont alors manqué ; c’est d’autant plus déconcertant qu’il aurait déjà dû avoir appris à contempler, et appris à écouter.
Cependant, heureuse faute ! Pierre va aider notre carême. Un mot précisera ce changement. Ce mot, nous allons le choisir. À l’avenir, il pourra devenir un guide !

2. Car cette occasion nous interroge : comment accueillir et dire le mystère de la foi ? De telle façon qu’il soit audible et recevable par d’autres à défaut d’être vraiment compréhensible ? Révélant ensemble la foi chrétienne et la présence transformante du Seigneur ; nourrissant ce carême en nous plaçant en Dieu !
Serait-ce avec des mots qui nous surprennent ? Ou par des mots de tradition et des expressions bibliques ? Des mots qui s’imposent ou qui s’insinuent avec des balbutiements ? Des mots embarqués dans l’émotion ? — Pierre en aurait certainement en réserve ! Interrogeons-nous : quels mots avons-nous à disposition, facilement trouvés comme au fond de la poche ? Plutôt peut-être des mots accueillis, médités, priés ? Recherchés comme une source ; ou désirés comme une réalité espérée, découverts sur une montagne : Sinaï, Thabor ou Hermon, voire Jérusalem, au terme d’un pèlerinage ?
Alors avec quels mots parlez-vous à Dieu et parlez-vous de Dieu ? Et quel mot résumera notre transformation, puisqu’il va de soi que nous ne terminerons pas ce temps de carême comme nous l’avons commencé ! Ou quel mot dira votre vie ici-bas avec Dieu à notre prochain ? Réfléchissons-y !
Pierre, disciple privilégié, ne devait pas se poser tant de questions ! Mais sa spontanéité généreuse dit déjà un de ses mots : enthousiasme. Précisément, ne serait-ce pas un excellent exercice de carême que de porter un tel enthousiasme comme un étendard ? Ne devons-nous pas faire à nos proches, à nos voisins, je n’ose dire dans nos communautés, ou dans la vie sociale, la charité de l’enthousiasme ? D’ailleurs, en cela, Pierre sut être audible et témoin, martyr par la grâce de Dieu !

3. Mais poursuivons : combien d’autres mots retiennent, plus enfouie, une grâce discrète, nous inspirant d’accomplir la volonté de Dieu, de consoler, de rayonner, de faire grandir, de transmettre ce qui pourrait sembler indicible ou trop grand, comme de livrer Dieu grâce à Dieu ! De clamer Dieu et sa vie malgré les vents contraires, si forts et nombreux — mais l’espérance chrétienne donne d’y faire face ! Les mots ne portent-ils pas leur grâce ? Oui, il faudra accueillir leur grâce avec celle de Dieu, pour que par eux, notre cœur de pierre soit changé par Dieu en cœur de chair !
L’expérience des trois disciples ne nous dit-elle pas que ce carême devra nous rendre attentifs aux mots du Bien-Aimé, ceux de notre foi chrétienne, des mots familiers ou comme des parfums méconnus diffusant un mystère divin jusque-là inouï — et soudain, ils nous parlent : « Celui-ci est mon Fils, l’Aimé en qui je me complais, écoutez-le ! »
Inouï, disais-je ! Mystère unique, manifestation trinitaire de la Transfiguration ; même Pierre s’est alors tu ! Apprenant du Père à écouter le Fils inouï, malgré ce que Pierre présumait ! « Écoutez-le », mot banal du Père, qui se chargeait d’une densité nouvelle, qui révélait une réalité portée par la nuée. La pédagogie de Dieu venait à eux comme elle vient à nous : avec des mots comblés de grâce.

4. Ainsi, il est des mots qui nous surprennent encore. Permettons-leur de nous transformer !
Aujourd’hui en voici donc un, ce mot choisi que je veux vous offrir. Connu, méconnu — que le carême nous livre sa richesse, celle du verbe « obombrer » ou du nom : « obombrement ».
Mot majeur. Si « dans la Transfiguration, il s’agissait avant tout d’écarter du cœur des disciples le scandale de la croix » (saint Grégoire le Grand), le Seigneur y préparait le cœur de ses trois disciples, par une théophanie.
Ils allaient apprendre de Dieu comment écouter Dieu ; apprendre comment se taire ; comment laisser l’Esprit les prendre sous son ombre. Et dans cet « obombrement », entendre du Père ses conseils, contempler en Jésus le Bien-Aimé, l’Unique, et devenir dans l’ombre de l’Esprit « un cœur qui écoute. » Pierre l’enthousiaste rendu silencieux nous apprit malgré lui comment écouter Dieu, pour nous entendre être appelé par notre nom, sous l’ombre de l’Esprit ; laisser parler Jésus pour mieux devenir son disciple et accomplir la volonté du Père ! Obombré, un jour il deviendrait apôtre, nous apprenant à laisser Dieu nous transformer.

Cette fois, Simon-Pierre n’avait plus ce besoin de faire des phrases… Restait un mystère en un mot, délicat à prononcer, vital et à cultiver — et qui vient chaque jour au rendez-vous de nos adorations et du temps donné à Dieu : obombré !

Et d’autres homélies…

« Mon Seigneur et mon Dieu »

Chaque récit des apparitions de Jésus ressuscité est une façon de nous aider à entrer nous-mêmes dans cette connaissance du Ressuscité, qui ne va pas de soi. Même si, dans la liturgie, on ajoute Alléluia à la fin de chaque phrase, les récits-mêmes des évangiles nous...

Ressuscité d’entre les morts !

« En effet, ils ne savaient pas encore que, d’après l’Écriture, [Jésus] devait ressusciter d’entre les morts » (Jn 20, 9). C’est ainsi que l’évangéliste Jean explique le comportement des premiers disciples venus au tombeau. Et il ne parle pas des grands prêtres ayant...

La fin du monde du péché

Frères et sœurs, ça y est… c’est la fin du monde… ou presque. L’évangile nous l’a décrite : un grand tremblement de terre, un Ange qui a l’aspect de l’éclair. Les gardes sont effrayés au point de devenir comme morts. Ce n’est pas une banale catastrophe naturelle. Les...