Homélie du 26 juin 2022 - 13e Dimanche du T. O.

Aux Jacobins, première messe présidée par fr. Bruno-Thomas

par

fr. Romaric Morin

Au terme d’une formation que nous espérons de qualité, et quelle que fut sa rétivité durant ladite formation, le jeune prêtre nouvellement ordonné est désormais prêt pour la mission. Il sait plus ou moins ce qui l’attend et ce qu’il lui appartient de faire. Il sait que, tels les disciples que le Christ envoie en avant de lui, il lui appartient de préparer la venue du Seigneur. De préparer les cœurs à accueillir le Seigneur qui vient. De préparer la rencontre entre Dieu et l’homme. En un mot, le prêtre sait qu’il est une sorte d’entremetteur.
Mais notre jeune prêtre sait aussi que cette mission qui lui est confiée n’est pas aisée. Il sait qu’il s’adresse et s’adressera à des cœurs qui ne sont pas toujours ouverts, ni même prêts à s’ouvrir et à accueillir le Seigneur qui vient. Il sait que certains ne l’écouteront pas et, à travers lui, rejetteront celui dont il prépare la venue. Il sait qu’il est comme ces messagers que le Seigneur a envoyés en avant de lui dans un village de Samaritains, et qui se sont heurtés au refus de recevoir leur maître et Seigneur.
Alors face à un tel rejet, notre jeune prêtre pourrait bien être pris d’un zèle jaloux pour le Seigneur. À l’instar de ses illustres prédécesseurs Jacques et Jean, les fils du Tonnerre, il pourrait alors en appeler lui aussi au feu du ciel pour détruire ennemis et rebelles. Qu’un feu dévorant les consume et les réduise à néant. Et notre jeune prêtre de s’expliquer, un brin taquin : « Je ne dis pas que c’est pas injuste, je dis que ça soulage. » Sauf que notre jeune prêtre oublie alors que s’il convient effectivement d’en appeler au feu du ciel, ce n’est pas tant celui du lance-flammes dévastateur que l’Esprit-Saint consolateur.
Pour ne pas se tromper de feu, mieux vaut, pour notre jeune prêtre, qu’il imite directement le Christ plutôt que les fils du Tonnerre. Mieux vaut qu’il imite le Christ, car c’est lui le grand prêtre par excellence, celui auquel il est lui-même configuré en vertu de son ordination toute fraîche. C’est lui le grand prêtre auquel il lui convient de ressembler. Or en l’occurrence, en ce moment précis de l’Évangile où le Christ s’apprête à monter à Jérusalem et, pour cela, à traverser l’hostile Samarie, il manifeste deux qualités essentielles : la fermeté et la douceur.

La fermeté. L’Évangile le dit clairement : comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé, Jésus affermit sa face (ce que la liturgie traduit « le visage déterminé ») et prit la route de Jérusalem. C’est bel et bien résolument que le Christ monte à Jérusalem, sachant très bien ce qui l’y attend et donc pourquoi il s’y rend. Il s’y rend pour y souffrir la Passion, pour y être crucifié, pour y mourir. Mais aussi pour y ressusciter, pour y être glorifié, et pour y glorifier son Père. En un mot, il s’y rend pour y offrir sa vie pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Ce n’est pas par ignorance qu’il s’est jeté dans la gueule du loup. Mais c’est librement qu’il a offert sa vie. Librement et par suite fermement. La fermeté du Christ est l’expression de la liberté avec laquelle il agit.
Il en va de même pour notre jeune prêtre. Il lui appartient d’annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, de préparer la venue du Seigneur, pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Parce qu’il veut que tous les hommes soient sauvés, il annonce à tous ce salut de Dieu. Et pour cela, il ne lésine pas sur les moyens. C’est la raison d’ailleurs pour laquelle il a pris tant d’années pour se préparer plus ou moins laborieusement à la mission. La fin visée est tellement importante pour lui qu’il tient fermement à annoncer la vérité de l’Évangile quitte à être raillé, méprisé, rejeté voire martyrisé. Mais il est vrai que cette fermeté pourrait virer parfois à la dureté. C’est pourquoi notre jeune prêtre doit cultiver une autre qualité du Christ. La douceur.

La douceur du Christ, dans la scène de l’Évangile que nous avons entendue tout à l’heure, se voit lorsque Jacques et Jean en appellent au feu du ciel. Loin d’appuyer leur demande, le Christ les réprimande. Non, il ne veut pas recourir à cet expédient qui ne répondrait pas au but de sa mission. Il est venu sauver les hommes. Non les perdre. S’ils sont eux-mêmes enferrés dans leur propre rejet, ce n’est pas en les rejetant davantage qu’ils se convertiront et reviendront vers le Seigneur. C’est au contraire en prenant patience et en faisant miséricorde. En faisant preuve de magnanimité et de douceur. La douceur du Christ est plus convaincante que nos emportements.
Il en va de même pour notre jeune prêtre. Il lui appartient de cultiver cette douceur qui suffit à toucher les cœurs endurcis. Cette douceur qui est le signe de la transparence de son cœur au Seigneur doux et humble de cœur. Cette douceur qui est le signe de sa confiance et de son abandon entre les mains de Dieu. Mais il est vrai que cette douceur pourrait virer parfois à la lâcheté. C’est pourquoi cette douceur n’est réellement douceur que si elle est aussi empreinte de fermeté. Car il faut bien de la fermeté pour ne pas se laisser emporter par le tourbillon de la colère et de la violence qui agite notre cœur. Car il faut bien de la fermeté pour maîtriser le zèle qui nous anime de manière parfois désordonnée. Car il faut bien de la fermeté pour s’abandonner dans les mains de Dieu.

Ainsi la fermeté et la douceur que le Christ affichent vont-elles nécessairement de pair. Sans douceur, la fermeté serait dureté. Et sans fermeté, la douceur serait lâcheté. Que le Seigneur te donne cette grâce, mon cher frère Bruno-Thomas, de l’imiter afin que tu puisses annoncer son Évangile avec autant de douceur que de fermeté. Amen.

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