Homélie du 28 août 2022 - 22e Dimanche du T. O.

Be proud !

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L’objectif N° 1 de l’Évangile est de nous présenter Dieu, de nous le faire connaître, de le révéler : comment Dieu agit-il et qui est-il ?
Nous avons besoin de savoir cela… que dis-je… nous avons envie de le savoir puisque nous passerons l’éternité avec Lui !
Or nous venons d’entendre cette phrase fameuse : celui qui s’abaisse sera élevé.
De qui parle-t-on ? De quiconque entend cet Évangile : vous, moi, tout un chacun ; de nous bien sûr, mais… pas de nous d’abord.
Car avant nous, il y en a un autre. Celui-là, depuis toujours, est Dieu, infiniment au-dessus des hommes ; sans aucune commune mesure, aucune comparaison possible. Pourtant, celui-là a voulu devenir un homme, un parmi tant d’autres qu’il a créés.
Et il savait ce qu’il faisait, il savait que, laissé à lui-même, l’être humain est tout sauf un agneau : Homo homini lupus, l’homme est un loup féroce pour son prochain.
Il a quand même franchi le pas, est devenu l’un de nous, et a récolté tout ce que l’on pouvait prévoir : la jalousie, le ressentiment, la haine, et la mort sur la Croix.
Mon Dieu… quel abaissement, quelle chute, quel renoncement !
Personne n’a jamais choisi la dernière place autant que Jésus Christ.
C’est pourquoi, mon Dieu, vous l’avez exalté au plus haut des Cieux, vous avez placé cet homme à votre droite et lui avez donné votre Royaume.
Qui s’abaisse — mystère de Noël, de l’Incarnation —, sera élevé — mystère de Pâque, de l’Ascension — ; qui s’abaisse sera élevé : la foi chrétienne résumée en quatre mots.

Mes frères, pensez-vous que cette parabole de l’invitation au festin de noces ait pour but de nous enseigner la politesse ou la prudence ou le calcul ?
– La politesse : laisse donc les places de devant aux gens importants !
– La prudence : fais gaffe qu’on ne te dise de reculer, tu serais humilié !
– Le calcul : va tout au fond, on va te dire « avance », et tu seras tout fier !
Bien sûr que non : Jésus parle du Royaume céleste, pas d’une réception mondaine !
Quant à ces verbes au passif (sera abaissé, sera élevé), qui donc en est le sujet ?
La parabole n’en dit rien… pour la bonne raison qu’elle nous pousse à réfléchir.
Le sujet, c’est Dieu bien sûr ! Et nous voilà devant la vérité capitale de notre avenir :
Dieu abaisse les orgueilleux ; Dieu élève les humbles.

Qu’est-ce qu’un orgueilleux ?
C’est celui qui se croit plus grand qu’il ne l’est réellement, celui qui se voit meilleur que Dieu ne l’estime. Cette erreur de jugement entraîne une conséquence terrible : l’orgueilleux est en effet persuadé qu’il ne doit accomplir que sa propre volonté.
Pourquoi écouterait-il, pourquoi obéirait-il, pourquoi demanderait-il conseil… puisqu’il est persuadé d’être tellement bon, tellement supérieur ?
Or il se trompe sur lui-même, il se trompe sur Dieu, et il s’enferme dans son erreur.
Comme dit la première lecture : son cas est sans remède, la racine du mal est en lui.

En revanche, celui qui écoute la Bible apprend à connaître Dieu, et à se connaître.
Tout en prenant conscience de sa condition, il découvre aussi la bonté de Dieu.
Bonté multiple : la générosité du Créateur, la miséricorde du Sauveur, la largesse du Père qui aime ses enfants adoptifs gratuitement, sans rien attendre d’eux en retour.

Quand Jésus dit : « Si tu donnes une réception, n’invite ni tes amis, ni tes parents, ni ceux qui te paieront de retour ; au contraire, invite des pauvres, des estropiés, ceux qui n’ont rien à te donner en retour », quand il dit cela, il sait que c’est impossible. La preuve, il ajoute : « Heureux seras-tu, si tu agis ainsi », c’est une béatitude !
Or une béatitude est un truc impossible à vivre sans une aide massive de l’Esprit Saint.
Un seul être est capable d’une telle générosité : le Père des Cieux.

La conclusion de cet Évangile ? Ce qui, en nous, plaît le plus à Dieu, c’est l’humilité.
Si tu es humble, tu es déjà dans la vérité, envers Dieu et envers toi-même.
Tu découvres que Dieu est le Tout-Autre, le Tout-Puissant, l’Incomparable, et aussi qu’il est pure bonté, absolue générosité, totale gratuité.
Tu prends conscience que l’homme est tout petit et encore plus fragile. Il lui est si facile de se laisser tenter, de tomber dans l’orgueil, de devenir un pécheur…
Mais s’il est humble, il ne désespère pas car il a mis sa confiance en Dieu qu’il adore.

En conclusion, je pense à un garçon qui m’a dit : « Je suis d’accord avec cet Évangile, je l’accepte sans discuter ; mais il y a une autre réalité, qui va dans l’autre sens. »
J’ai demandé laquelle. Il a dit, assez gêné : « Il paraît que je suis quelqu’un de bien. On dit çà de moi, et je vais finir par le croire et donc par tomber dans l’orgueil ! Me voilà coincé entre la vérité de l’Évangile et celle de la vie… Que faire ? »
J’ai répondu : le premier à se réjouir que tu sois un mec bien, c’est le Père céleste. Il ne veut donc pas que tu refuses, que tu te rabaisses. Il attend plutôt que tu le remercies, c’est-à-dire (1) que tu rendes grâces pour les dons que tu as reçus de lui, et (2) que tu lui rendes gloire, en accueillant sa Parole dans ton cœur humble.
Tu veux échapper à l’orgueil ? Facile : sois fier d’être son enfant, mais d’une fierté fondée sur l’humilité de reconnaître que tout ce qui est bien en toi vient de Dieu.
La Vierge Marie en a donné le meilleur exemple :
« Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu’il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante. »

Cette prière, le Magnificat, est si capitale que l’Église la dit chaque soir aux Vêpres. Que chacun de nous en fasse sa propre charte, son propre chant.