La Sainte Écriture et la foi catholique disent que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés.
Les premiers à bénéficier visiblement de ce salut universel furent ces Mages venus d’Orient.
Pour nous, c’est une banalité mais pour les Juifs de l’époque, ce fut un tremblement de terre.
Jusque-là, en effet, seul un peuple était dit « Peuple de Dieu » ; or voilà que, désormais, ce sont tous les peuples, races, langues et nations, que Dieu appelle pour devenir sa famille.
C’est pourquoi les Mages de nos crèches sont blanc, noir et jaune : ils représentent tous les peuples. Ce détail vient non de l’Évangile mais de la tradition populaire, qui sait interpréter avec justesse.
Le salut qu’apporte Jésus s’adresse à tous, car tous enfants du même Père céleste, et donc frères.
Tel est le premier sens du mot « catholique » : « universel ». Vous le savez d’ailleurs aussi bien que moi.
Mais il y a un autre sens, pour exprimer, non plus l’extension, le nombre de gens appelés, mais l’intention : l’héritage offert à ces gens. Et ce second sens catholique signifie : total ou parfait.
Les Mages, avec leurs présents symboliques, nous aident à bien comprendre cet autre sens.
Jadis, pour les Anciens, l’or était le cadeau typique à offrir aux rois, réservé aux rois.
L’encens, résine aromatique rare et précieuse, était réservé aux dieux. C’est encore le cas ici…
La myrrhe, autre résine mêlée d’huiles essentielles, était un parfum censé traverser la mort…, c’est pourquoi on en répandait sur les morts avant de les ensevelir.
Sachant cela, que pouvait-on penser alors de celui à qui on offrait ces trois présents ensemble ?
On aurait dit qu’il est à la fois un roi, et un Dieu, et un homme destiné à traverser la mort.
Ah, Messieurs les Mages, bravo : pour des païens, c’est bien vu, vous savez offrir !
Oui, ces Mages ont de l’intuition mais ils ne savent pas tout. Ils ignorent que ce bébé devant qui ils se prosternent est bien plus qu’un « roi des Juifs » – ils ont dit à Hérode : « nous venons adorer le roi des Juifs » – : il est déjà le Roi de l’Univers, le Fils Unique du seul vrai Dieu, et il sera le Sauveur du monde. C’est vers ce mystère de Jésus-Christ, vers cette foi pure et parfaite, cette foi catholique, que l’Étoile les a irrésistiblement guidés.
Notre mot – catholique – croise donc ces deux sens ensemble : universel et parfait.
On peut dire d’une chose qu’elle est catholique si elle est à la fois universelle et totale : partout où cette chose se trouve, elle y est en totalité, entièrement.
Nous autres, il ne suffit pas que nous soyons quelque part pour y être tout entiers. Je peux être à l’église et même écouter l’homélie, et, en même temps, être dans ma cuisine et surveiller le rôti.
Cela ne va pas de soi d’être tout entier là où on se trouve, et encore moins si on est partout !
Alors, question : est-ce que cela est possible ? Est-il possible d’être catholique ? Réponse !
Jésus est ainsi : à Bethléem et à la crèche, il s’offre tout entier à quiconque vient le visiter. Car il veut entrer tout entier dans le cœur de tout homme qui y consent, pour y demeurer.
L’Église est ainsi : elle existe autant dans le cœur d’une petite vieille illettrée au fond de la Sibérie que dans notre grande assemblée ou que dans le collège des cardinaux qui se réunira demain.
L’Eucharistie est ainsi : une hostie contient le Seigneur entier, son corps et son sang aussi bien sûr, toute son humanité et sa divinité, et cela, pour être offert à tout homme qui le croit.
Notre foi est ainsi : elle reçoit tout ce que Dieu a révélé, et se propose à chacun tout entière.
Frères, si Dieu est ainsi, ne nous étonnons pas de son exigence. Ne soyons pas surpris qu’il attende autant de nous. Pas seulement tel ou tel aspect, tel ou tel moment, tel ou tel compartiment de notre existence… mais tout de nous-mêmes, intégralement. C’est cela, être catholique.
Commençons maintenant ; ne retardons pas ; lançons-nous ; laissons les Mages nous inspirer…
Je peux offrir tant de choses à Jésus : l’or de mes bonnes actions, l’encens de ma prière, la myrrhe de mes sacrifices (le sacrifice, ce n’est pas se priver, c’est donner la priorité au Royaume des Cieux).
Suivons les Mages, passons un peu de temps devant les crèches, parlons à Jésus, désirons nous offrir à lui pour répondre à son amour qui embrasse tout.