Homélie du 2 février 2025 - Fête de la Présentation du Seigneur au Temple

Gloire d’Israël et Lumière des nations

par

fr. François Daguet

L’Évangile selon saint Luc témoigne, à quatre reprises, de la fidélité des parents de Jésus, aux observances prescrites par la loi de Moïse. Cela a été le cas, notamment, lors de la circoncision de Jésus le huitième jour après sa naissance. La présentation que nous fêtons aujourd’hui est l’accomplissement des prescriptions de l’Exode (13, 2), demandant de consacrer tout premier-né au Seigneur, et du Lévitique (12, 8) à propos de la purification de la mère. Cette dernière prescription suscite des discussions, car il est manifeste que la Vierge Marie n’avait pas à recevoir de purification après la naissance de Jésus. Mais ce n’est pas cet aspect qui nous retiendra aujourd’hui.

À contempler cette fidélité des parents de Jésus à la loi, il ne faudrait pas qu’une piété un peu trop sensible ou intimiste nous fasse manquer la compréhension de ce que cette scène représente et réalise. En effet, quel est le lieu où elle se tient ? Le Temple de Jérusalem. Or le Temple est, pour les Juifs et par excellence, le lieu de la présence de Dieu au cœur de son peuple, il est, dans le judaïsme, le centre du culte rendu au vrai Dieu. Même après sa reconstruction, le Temple est agréé par Dieu, dès lors que les sacrifices qu’on y célèbre, le culte qu’on lui rend sont authentiques. Et qui arrive au Temple aujourd’hui, porté par sa mère ? Dieu lui-même, le Verbe qui s’est fait chair et qui, en quelque sorte, investit sa propre demeure. Il est bien venu dans « son temple », comme le prophétisait Malachie.

Si bien que ce qui se réalise aujourd’hui, au Temple, est la rencontre de la première et de la nouvelle Alliance, la réalisation des promesses faites à Israël. Dans un processus qui va aller jusqu’au sacrifice pascal du Christ, la nouvelle Alliance ne supprime pas, ne se substitue pas à la première Alliance, mais elle l’accomplit, selon les paroles de Jésus : « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » Comme l’a dit saint Augustin à propos des deux Testaments, le Nouveau est caché dans l’Ancien et dans le Nouveau l’Ancien se révèle (in vetere novum latet et in novo vetus patet). Ici, le nouveau Temple où Dieu demeure, c’est d’abord l’humanité de Jésus. C’est d’abord en Jésus que Dieu vient au milieu des hommes. C’est ce que saint Jean comprendra, plus tard, et nous aidera à comprendre : « Le Temple dont il parlait, c’était son corps » (Jn 2, 21). En ce sens, la fête de ce jour n’est pas seulement la présentation de Jésus au Temple, elle est encore la présentation du nouveau temple qu’est l’humanité de Jésus.

La façon dont Dieu réalise son dessein est inouïe et admirable, et nous invite à nous agenouiller devant le Mystère. Mais ce n’est pas seulement un événement du passé que nous contemplons, il nous éclaire au présent. Il nous rappelle d’où nous venons, et nous enseigne où nous allons.

Il nous rappelle, en effet, que Jésus est fils d’Abraham, et qu’il vient pour les fils d’Abraham, comme l’a dit l’Épître aux Hébreux. Le cardinal Lustiger le disait en son temps avec vigueur : « Jésus n’était pas blanc, Jésus n’était pas noir, Jésus n’était pas jaune, Jésus était juif. » Cela nous concerne directement car, nous aussi, nous sommes fils d’Abraham par la foi. La prière eucharistique, dans le canon romain, évoque « Abraham, notre père dans la foi ». Ce qui faisait dire à Pie XI : « Nous sommes tous spirituellement des sémites. » Formule un peu maladroite par son vocabulaire ethnique. Il serait plus juste de dire, tout simplement : « Nous sommes tous spirituellement des juifs, des enfants d’Israël. » L’Église elle-même ne s’est pas substituée à Israël, elle est l’Israël accompli par le mystère pascal du Christ. Relisez le chapitre XI de l’Épître aux Romains. Le mystère d’Israël demeure, et il demeure au cœur de l’Église, à sa racine comme le dit saint Paul : « Ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte » (Rm 11, 18).

Chrétien, souviens-toi de tes racines, elles sont plongées dans la terre d’Israël. Et si « une partie d’Israël s’est endurcie », Dieu le permet « jusque soit entrée la totalité des païens, et ainsi tout Israël sera sauvé » (11, 25-26). Voilà ce que nous rappelle aujourd’hui Celui qui est « lumière des nations et gloire de son peuple Israël. »

Il importe de ne pas oublier cela, pour ne pas retomber, une fois encore, dans l’hérésie de Marcion (au tournant du premier et du deuxième siècle) qui affirmait que l’ancienne Alliance était révoquée, et même que le Dieu des juifs n’était pas celui des chrétiens. Le marcionisme, condamné explicitement par l’Église, renaît à chaque fois que l’on oublie qu’elle est fondée sur Israël — Israël au sens biblique, et non au sens politique. Il ne faut pas que les drames politiques d’aujourd’hui conduisent à la résurgence d’un antijudaïsme qui a marqué l’histoire de l’Église pendant de longs siècles, qui a fait le lit de l’antisémitisme, et dont l’Église veut s’affranchir résolument depuis le concile Vatican II. N’oublions pas d’où nous venons.

Mais regardons, aussi, vers où nous allons. Vous l’avez entendu, saint Luc dit du vieillard Syméon qu’« il attendait la consolation d’Israël », et de la vieille Anne qu’elle « parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem ». Chez les juifs, il y en avait, donc, qui attendaient le Messie qui devait consoler son peuple, comme Dieu l’avait promis. La venue de Jésus au Temple, c’est la réponse de Dieu à l’attente d’Israël. Et nous, qu’attendons-nous ? Le Christ ne nous a-t-il pas promis qu’il reviendrait dans sa gloire ? Ne nous a-t-il pas invités à demeurer en veille, dans l’attente de sa venue, dont nous ne savons ni le jour ni l’heure ? Mais l’attendons-nous vraiment ? Nous allons le redire au cours de cette célébration : « Nous attendons que se réalise la bienheureuse espérance, la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ. » Après la consécration nous chantons : « Nous annonçons ta mort, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire. » Est-ce que nous prêtons attention à ce que nous disons ? Si nous sommes entrés dans « ces temps qui sont les derniers », n’avons-nous pas oublié que nous sommes encore dans l’attente d’un accomplissement ? Ou bien, est-ce qu’au fond de nous, nous n’avons pas encore mille choses à faire avant de l’accueillir ? À chacun de s’interroger sur la réalité de son attente. Mais prenons garde qu’il ne nous surprenne quand il viendra, affairés à mille autres choses qu’à l’attendre. Il nous a prévenus : il viendra comme un voleur. N’oublions pas les paroles de l’Apocalypse (16, 15) : « Voici que je viens comme un voleur : heureux celui qui veille et garde ses vêtements pour ne pas aller nu et laisser voir sa honte. »

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