Homélie du 1 octobre 2023 - 26e Dimanche du T. O.

Faire la volonté du Père

par

fr. François Le Hégaret

Décidément, il y a besoin de monde pour travailler à la vigne du Seigneur. La semaine dernière déjà, le maître de la vigne avait recruté jusqu’à la dernière heure des ouvriers pour travailler. Et aujourd’hui, il veut envoyer ses propres fils pour continuer le travail. On se rend compte pourtant que, à chaque fois, ce qui intéresse Jésus, ce n’est pas la récolte elle-même, mais plutôt l’attitude de ceux qui sont envoyés, qu’ils soient des salariés ou des enfants.

Mais d’abord, regardons le contexte de cet enseignement du Christ. Jésus vient de rentrer triomphalement dans la ville de Jérusalem, assis sur une ânesse. Une fois dans le Temple, il en a chassé les marchands, et le lendemain matin, prenant place sur l’esplanade, il commence à prêcher. Les grands prêtres et les anciens ne manquent alors pas d’interroger Jésus sur ce qu’il vient de faire, et ils lui demandent : « Par quelle autorité fais-tu cela ? » (Mt 21, 23). En réalité, on s’aperçoit très vite que la question n’est que rhétorique : ils ont sur Jésus la même opinion qu’ils avaient sur Jean-Baptiste. Pour eux, ni l’un ni l’autre n’avaient reçu une quelconque mission de la part de Dieu, ils ne représentent qu’eux-mêmes, et leur décision de condamner Jésus est déjà prise. Mais, par peur de la foule, ils ne veulent pas se prononcer ouvertement car, rapporte l’évangéliste, celle-ci tenait Jean-Baptiste pour un prophète.

Jésus leur donne donc la parabole que nous venons d’entendre. Elle a l’air simple, mais l’interprétation que va donner Jésus est plus subtile qu’elle en a l’air. Elle comporte deux étapes, la première qui est un jugement porté sur ses auditeurs ; la seconde qui est une annonce de la miséricorde de Dieu.

Donc un jugement tout d’abord. Cette petite parabole des deux fils permet à Jésus de reprendre l’enseignement courant de la loi juive, qui revient comme un petit refrain dans le livre du Deutéronome, par exemple en Dt 27, 10 : « Tu écouteras la voix du Seigneur ton Dieu, et tu mettras en pratique les commandements et les lois que je te prescris aujourd’hui. » Cet enseignement ne pose pas de difficulté. Les grands prêtres et les anciens sont d’ailleurs d’accord avec Jésus : c’est bien le premier fils qui, par ses actes, a fait la volonté de son père et non le second. Certes, il aurait été préférable qu’il dise « oui » dès le début et qu’il aille ensuite travailler à la vigne, mais le résultat est là : il a fait la volonté du père. Jésus alors expose leurs contradictions : eux sont à l’image du second fils, ils ont dit « oui » à la Loi de Dieu, mais ils vont refuser de reconnaître le message de Jean-Baptiste, d’entendre l’appel à la conversion qui était pourtant déjà présent chez tous les prophètes. La foule, elle, a accepté les paroles de Jean, et même les derniers d’entre eux, les prostituées et les publicains, ont accepté de se laisser toucher par cette parole. Pourtant ceux-ci s’étaient bien éloignés de la pratique de la Loi, ils étaient à l’image de ce premier fils qui avait dit « non » à son père. Malgré leur misère et leur péché, ou plutôt à cause de cette misère et de ce péché, les publicains, les prostituées, ont compris à quel point ils avaient besoin de changer leur vie. Donc, que maintenant les grands prêtres et les anciens mettent en accord leur parole avec leurs actes : ils ont dit « oui » au début, et même s’ils sont les derniers à le faire, qu’ils se convertissent. Cet appel à la conversion, nous pouvons l’entendre aussi : des personnes beaucoup plus éloignées de la foi que nous se sont laissées toucher par la Parole du Christ, se sont laissées atteindre par Dieu, ont décidé de partager leurs biens avec les autres, et finalement ont pris la décision de vivre de l’Évangile d’une manière beaucoup plus radicale que nous. Eux nous précèdent dans le Royaume, mais n’attendons pas, ne tardons pas à y entrer à notre tour.

Jésus ne s’arrête pourtant pas là. Il ajoute : « Vous, grands prêtres et anciens, vous n’avez pas cru en Jean ; les publicains, eux, et les prostituées ont cru en lui ; et vous, devant cet exemple, vous n’avez même pas eu de remords » (cf. v. 32). Ici, il y a un changement de perspective. Face à la prédication de Jean-Baptiste, les grands prêtres et les anciens ne sont pas ceux qui ont dit « oui ». Ils ont refusé de l’écouter. Ils ne sont donc pas à l’image du deuxième fils, qui a dit « oui » et qui n’a pas bougé, mais à l’image du premier fils, celui qui a dit « non ». Par contre, à la différence de celui-là, eux ne furent pas pris de remords, eux ne changèrent pas d’avis et donc refusèrent d’agir. Bien plus, quand ils virent que les publicains et les prostituées commencèrent à changer de vie, comme ce fut le cas pour l’évangéliste Matthieu, pour Zachée ou pour Marie-Madeleine, eux continuèrent à refuser la conversion. Jésus les appelle donc à être comme le premier fils, à être de ceux qui, en définitive, vont obéir au Père. Et justement, ils viennent de reconnaître que c’est ce fils-là qui a fait la volonté du Père. Qu’ils suivent donc son exemple. Jésus leur annonce aussi qu’il y a toujours, pour le pécheur, la possibilité de revenir de son péché pour se convertir à la Parole de Dieu. Même si nous avons refusé d’écouter tel ou tel appel de Dieu, même si nous n’avons pas entendu telle ou telle de ses paroles, même si, comme les anciens et les grands prêtres, la prédication de la conversion nous a laissé insensibles, il est toujours temps de revenir.

Deux remarques pour conclure. D’abord, Jésus nous indique que personne n’est définitivement fixé dans son choix. Si après avoir dit « non », et même après s’être entêté longuement dans le refus, on peut se convertir, l’inverse est malheureusement vrai aussi. Mais en même temps, Jésus nous montre qu’il continuera jusqu’à la dernière heure à nous appeler, qu’il manifestera sa miséricorde jusqu’au bout. Et en fin de compte, comme nous l’enseignait la parabole de dimanche dernier, les derniers ne recevront pas moins que les premiers, fussent-ils grands prêtres ou anciens.

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