Homélie du 26 février 2006 - 8e DO

L’Évangile de l’Époux

par

fr. Jean-Hugo Tisin

Ainsi, c’est une discussion sur la pratique du jeûne qui nous vaut cette révélation de la Présence de l’Époux (h’âtân). L’Époux est ici, entouré de ses amis (benê h’atounnah). En ces jours de fête, durant les Noces, les amis peuvent-ils jeûner? Ces images, ces symboles de l’Époux, de l’Épouse et des Noces ont dû avoir un écho immédiat dans la pensée, la mémoire des auditeurs. Elles témoignent d’une antique tradition chère à Israël: celle de la révélation d’une Alliance d’Amour de l’Unique Dieu et de son peuple et par là de l’humanité invitée à vivre de cet Amour et de cette tendresse. L’épouse est invitée à garder la mémoire du temps des fiançailles au désert, et à retrouver le chemin conduisant à la chambre nuptiale. L’époux est l’architecte qui épouse sa terre; s’unissant à elle, il la recrée, la renouvelle et lui propose le chemin vers une communion éternelle. La connaissance réciproque de l’Époux et de l’Épouse sera couronnée par l’Amour et la Tendresse (h’esed ouvrah’amîm – Osée 2, 19). C’est Jésus lui-même qui nous donne la plénitude de sens de cette Alliance éternelle d’Amour de l’Époux et de la fiancée: les premières Alliances ont trouvé en la personne du Messie leur aboutissement, leur sens ultime. Lorsque Jésus fut baptisé, il vit l’Esprit descendre sur lui et une voix se fit entendre: «Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis toute mon affection». C’est Dieu, son Père, l’Époux qui a attesté que son Fils bien-aimé recevait à son tour le titre d’Époux.

Désormais, en cette plénitude des temps, devant cette nouveauté radicale de la venue du Messie, les pratiques religieuses traditionnelles, les symboles de la religion des Pères reçoivent une interprétation nouvelle. Elles ne sont pas abolies mais ré-orientées, transfigurées selon les signes propres à la venue du Messie. La présence de Dieu se laisse voir dans notre histoire, en un visage d’homme, en une vie d’homme faite de mort et d’exaltation promise; un ancien monde s’efface laissant la place à la création nouvelle. Le vin nouveau est le signe d’un passage de l’ancien monde à un monde recréé. Lorsque l’Époux était au milieu de ses amis, les paroles, les gestes, les sens s’orientaient vers la source d’un Amour éternel; l’Épouse s’unissait déjà à Lui, espérant par delà la mort, l’exaltation de sa Résurrection et de son retour glorieux à la fin des temps. Lorsque l’Époux fut enlevé, sa Présence fut-elle pour autant abolie? Non, bien sûr, car son Esprit nous fut donné, dictant et écrivant dans notre cœur les paroles qui expriment sa Présence parmi nous. Elle ne cesse pas d’être l’Époux, nous fiançant à chaque instant, nous recréant en sa fidélité. Nos pratiques religieuses, le jeûne ou toute expérience de maîtrise de soi n’ont de sens qu’à cause de Lui, que pour Lui, et pour l’Église symbolisant l’Épouse constamment tournée vers Lui.

Frères et sœurs, supplions l’Esprit Saint de nous guider dans ce désert durant quarante jours, où nous pénétrons maintenant. L’Esprit et l’Épouse disent: Viens, et que celui qui entend dise: viens.

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