Homélie du 17 juin 2007 - 11e DO

PLEURS PENITENCE PARDON

par

fr. Gilles-Marie Marty

Cette femme était donc « tout en pleurs ». Pourquoi pleurait-elle?

C’est le genre de question à éviter, car, quand une femme pleure, souvent, elle-même ne sait pas pourquoi … Le problème c’est que aujourd’hui, avec cet Évangile, pas moyen d’éviter cette question.

La première explication, c’est que cette femme pleure de honte.

Elle est arrivée à un moment de sa vie où elle voit ce qu’elle est devenue.

Elle en a assez d’être seulement un corps, un beau corps où les autres se vident.

Elle en a tellement assez que maintenant elle en a honte. Une honte encore plus forte à l’intérieur qu’à l’extérieur, plus forte envers elle-même qu’envers les autres. C’est pourquoi elle ose paraître devant ces hommes, sachant bien ce qu’ils pensent d’elle, mais la morsure dans son âme est encore plus forte que sa flétrissure à leurs yeux.

La première raison de ses pleurs donc, c’est la honte. Pourtant elle est tellement attirée par Jésus qu’elle en a oublié sa honte! Alors pourquoi continue-t-elle à pleurer?

Il y a une autre raison.

C’est qu’elle est en train de faire ce que nous autres avons fait il y a 5 minutes: elle fait la 1ère chose qu’on doit faire quand on est en présence du Seigneur: elle se confesse.

À côté de Jésus, elle pleure pour lui avouer son péché sans chercher à se justifier.

La deuxième explication de ses pleurs, c’est sa contrition.

Comme c’est beau, un cœur brisé et broyé… Se rend-elle compte qu’elle fait craquer le cœur du Seigneur, puisque « le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé« …

Il faut dire que c’est quelqu’un, cette fille: son sens du respect n’a d’égal que son sens de l’audace.

Respect manifesté par toute son attitude: elle reste en arrière de Jésus, elle pleure, elle ne s’occupe que de ses pieds.

Mais audace aussi, car elle touche Jésus (le rendant impur aux yeux de tous!), et en plus elle baise ses pieds, les frotte de parfum, les essuie de ses cheveux, bref elle emploie tout l’attirail de son coupable métier!

D’où la stupeur et le scandale de l’assistance, voyant que Jésus la laisse faire…

Non seulement Jésus la laisse faire mais il sourit, la regarde avec une grande douceur, comme un ami très bon, comme un père très clément.

Certes, la femme ne le voit pas, étant prosternée à ses pieds, mais pourtant elle le sent, elle le sait.

Alors ses pleurs redoublent de plus belle!

Ainsi, après la honte, après la contrition, voila le troisième motif de ses pleurs: la joie.

Vous me direz: mais enfin, qu’a-t-elle senti, qu’a-t-elle compris pour pleurer de joie?

Pour faire vite, je dirai ceci: cette femme, courtisane, spécialiste du désir humain, « pro » du plaisir, qui en a fait le tour et en connaît les limites, cette femme découvre une chose qu’elle ne pouvait même pas imaginer avant!

Elle, détestée ou désirée par les hommes, haïe ou enviée par les femmes, mais toujours réduite à un objet de passion, la voila qui se découvre maintenant aimable .

Alors elle étreint les pieds de Jésus, car elle sent qu’il la protège, l’encourage, l’admire, et même la donne en exemple!

Elle voit que Jésus, qui est au courant de ses péchés (nombreux!) ne considère pourtant en elle que l’essentiel, l’image de Dieu, et lui accorde sa totale confiance.

C’est pour ça qu’elle ‘tout en larmes’, serrant les pieds de Jésus à lui faire mal, pour le remercier d’avoir si bien deviné son âme, compris ses gestes, pour le remercier de sa miséricorde (« tes péchés sont remis« ), de sa confiance (« ta foi t’a sauvée« ), de sa patience (« va en paix« ), pour le remercier de sa dignité retrouvée.

Cette femme n’a pas laissé de nom mais a laissé en revanche une admirable leçon.

Elle nous apprend qu’au Ciel, nos péchés seront, non plus un motif de honte comme aujourd’hui, mais un motif d’adoration.

Oui, quelque soit la gravité de notre péché, sa malice, sa méchanceté, nous pouvons vaincre ce péché dès ici-bas par notre contrition, notre repentir, notre pénitence.

Notre pénitence est capable de produire un bien beaucoup plus grand que le mal de notre péché. Elle n’est pas la cause de notre salut, mais elle en est l’indispensable condition: c’est elle qui nous fait saisir les pieds de Jésus, et c’est par elle que nous autorisons Dieu à nous relever.

Notre pénitence ici-bas est un grain dont nous récolterons le centuple en joie éternelle.

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