Homélie du 1 décembre 2024 - 1er dimanche de l'Avent

Stay woke ! Viens Seigneur Jésus !

par

fr. François Daguet

Ne se serait-on pas trompé d’évangile ? Nous entrons dans l’Avent, nous allons préparer Noël, la venue du Seigneur, qui s’est produite il y a 2 000 ans environ, et voilà qu’on nous parle de la venue du Seigneur à la fin des temps, autrement dit de la parousie, du retour glorieux du Christ (parousia : l’action de se rendre présent). On s’est trompé de venue : on nous parle de la venue au dernier jour, alors que nous nous préparons à célébrer sa première venue !

Mais qu’est-ce que célébrer Noël ? S’agit-il de faire mémoire d’un événement révolu, la naissance du Verbe selon la chair, conçu du Saint-Esprit et né de la Vierge Marie ? Oui, bien sûr, la venue du Messie, de notre Sauveur, mérite qu’on en fasse mémoire, mais attention. La mémoire au sens chrétien n’est pas une simple évocation d’un événement passé important, comme le 14 juillet ou le 11 novembre. Une mémoire, au sens chrétien, c’est le mémorial d’une action de Dieu. Et en en faisant mémoire, on ne rend pas seulement grâce à Dieu pour cet événement passé, on rend présent cet événement, actuellement, il nous rejoint dans notre présent. Noël, c’est la venue, l’advenue (adventum) du Seigneur, la présence de Dieu à notre vie, à notre temps : Il vient !

Apparemment, dans l’écoulement linéaire du temps, rien n’est changé depuis 2 000 ans. Mais en fait, tout a changé, parce que Dieu, qui est éternel, est entré dans le temps. Nous sommes entrés dans la plénitude des temps, dit saint Paul aux Galates (4, 4). Et alors, tout instant, tout moment de l’histoire des hommes est comme rendu présent à la venue de Dieu. Si bien que vivre l’Avent cette année, ce n’est pas répéter ce que nous avons vécu l’an dernier, c’est se préparer à accueillir le Sauveur qui vient, maintenant.

Cela éclaire notre rapport au passé ; cela éclaire aussi notre rapport à l’avenir. Oui, le Christ reviendra dans la gloire, et nul ne sait quand ni comment. Les paroles de Jésus sont sans équivoque à cet égard. Mais cette venue dans les derniers temps a déjà commencé, elle est déjà actuelle. La preuve ? Les signes dont parle Jésus dans l’Évangile d’aujourd’hui sont déjà présents : ébranlements cosmiques, guerres, famines, terreurs… tout est là, déjà, et depuis 2 000 ans. Nous sommes bien entrés dans la plénitude des temps, nous vivons de ces temps qui sont les derniers (He 1, 2), la parousie a déjà commencé, notre temps est déjà eschatologique. L’abbé Journet le dit admirablement : « Avec le Christ, l’eschatologie est entrée dans le temps » (L’Église du Verbe incarné).
Il vient ! Le christianisme est la religion de Dieu qui vient auprès des hommes. Il est la religion des hommes qui guettent la venue de Dieu, parce que Dieu vient. La préface de l’Avent (1) va le redire : « Il est déjà venu en prenant la condition des hommes… il viendra de nouveau revêtu de sa gloire… » Mais entretemps, il ne cesse de venir. Il nous rend visite si nous l’accueillons, si nous le cherchons, si vraiment nous voulons le connaître. Et comment vient-il, où vient-il ?

Il vient d’abord dans ce sacrement que nous allons célébrer dans quelques instants, l’eucharistie, sacrement de la présence du Christ, de la venue du Christ au milieu de nous. L’eucharistie est mémorial du mystère pascal du Christ, elle le rend présent, elle est aussi anticipation de la venue du Christ au dernier jour. Et là, c’est Joseph Ratzinger qui le dit admirablement : « Toute eucharistie est parousie, venue du Seigneur », et il ajoute : « Toute eucharistie est pourtant plus que jamais désir ardent qu’il manifeste sa splendeur cachée » (La mort et l’au-delà, p. 211). C’est le cri qui clôt toute la Bible : « Viens, Seigneur Jésus » (Ap 22, 20).
Alors, on comprend un peu mieux pourquoi l’évangile de ce premier dimanche de l’Avent nous parle de la venue du Christ au dernier jour. Il vient déjà, au milieu des tumultes et du trouble du monde. Ce temps de l’Avent qui commence nous est donné pour nous renouveler dans le désir de le recevoir, de l’accueillir. Dans ces conditions, que faire ? Suivre les conseils de Jésus : rester vigilant, être en veille, se tenir sur ses gardes de crainte que notre cœur ne s’alourdisse. Être des guetteurs, être des veilleurs. Les chrétiens doivent être des veilleurs.

Vous connaissez ce mouvement qui se développe à toute allure, cette idéologie qui gangrène nos sociétés libérales : le wokisme. L’idéologie woke vise à dénoncer toutes les discriminations en matière de race, de genre, de sexe… Le terme provient du verbe anglais wake (réveiller), pour décrire un état « d’éveil » face à l’injustice. Les adeptes du wokisme, on les appelle en français « les éveillés ». Leur slogan est : « Stay woke, restez éveillés. » Eh bien ! en reprenant les paroles mêmes de Jésus, je voudrais vous inviter à devenir adeptes d’un wokisme chrétien : restez éveillés, guettez sa venue, dénoncez les actes qui le bafouent. Le cri du wokisme chrétien, ce n’est pas seulement « stay woke », c’est « Viens, Seigneur Jésus ! »

Homélie sur Lc 21, 25-36

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