Homélie du 24 mars 2024 - Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Vivons l’Heure de Jésus

par

fr. Dominique-Marie Cabaret

Nous voici réunis, frères et sœurs, pour nous rappeler ou mieux pour revivre les dernières heures que Jésus a vécues sur notre terre. Souvenez-vous à quel point il a désiré cette Heure : « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé ! » (Lc 12, 49). Cette Heure commence aujourd’hui ! Et, à moins d’être un ingrat, comment pouvons-nous ne pas vouloir être proche de Jésus en cette Heure si importante et si grave, au point que jeudi prochain, il nous implorera d’être ses convives : « J’ai désiré ardemment manger cette pâque avec vous avant de souffrir » (Lc 22, 15) ? Aussi, je vous propose de vivre pleinement cette semaine sainte qui s’épanouira dimanche prochain dans un merveilleux huitième jour.

Pour nous y aider, je vous propose de nous remémorer à quel point le Seigneur Jésus nous a donné les moyens de revivre vraiment, pleinement, presque aussi souvent que nous le voulons, cette Heure qui nous apporte le salut.

N’avons-nous pas tous déjà rêvé de pouvoir bénéficier d’une machine à remonter le temps pour nous ramener à notre période historique préférée ? Frères et sœurs, avec la messe — dans la foi certes mais réellement — nous sommes comme propulsés 2000 ans en arrière pour nous retrouver à Jérusalem et pour suivre Jésus, depuis son entrée triomphale au-dedans de la ville jusqu’à sa mort sur la Croix, avec la Vierge Marie, le disciple que Jésus aimait et les saintes femmes et revivre avec eux cet unique acte d’amour qui a conduit Jésus à la gloire de la Résurrection !

Il ne s’agit pas de science-fiction mais tout simplement du mystère de la messe : les actes que pose le prêtre, ceux que nous allons poser dans quelques minutes, sont ceux qu’a posé le Christ il y a deux mille ans. C’est tellement vrai — si j’ose dire — qu’on peut mettre directement en parallèle la chronologie de la Messe avec celle de la Passion et la revivre pas à pas. De nombreux saints ont vécu ce mystère. Saint Padre Pio, par exemple : du début de la messe à la fin de la liturgie de la Parole, il rejoignait Jésus-Christ à Gethsémani : il revivait à chaque fois comment son péché et sa manière de peu faire attention à l’Écriture et de la mettre en pratique avaient pu faire souffrir le Christ en ces instants ; l’offertoire, ce moment où l’on offre le pain et le vin, était pour Padre Pio, l’instant où Jésus se livrait acceptant le baiser de Judas ; la préface, ce moment d’action de grâce qui précède le Sanctus, c’était la joie de Jésus de voir son Heure enfin arriver qui trouve résonance dans le monde angélique ; tout le début de la prière eucharistique jusqu’à la consécration, c’était la flagellation, le couronnement d’épines, la condamnation à mort, le portement de croix ; la consécration enfin, « Ceci est mon Corps, Ceci est mon sang livré maintenant pour vous » directement liée au jeudi saint, était l’enclouement proprement dit que Padre Pio stigmatisé ressentait directement dans ses mains et ses pieds ; la suite de la prière eucharistique jusqu’au Par lui, en lui, avec lui, c’était la prière que Jésus faisait sur la Croix, s’offrant en sacrifice au Père et, à la fin du Par lui, en lui, avec lui, le sacrifice enfin était achevé, tout était accompli, tous les hommes étaient réconciliés avec le Père dans une fraternité retrouvée qui débouche naturellement sur le Notre Père. L’Agnus Dei, ce moment où le prêtre fractionne l’hostie, correspondait à la mort de Jésus sur la Croix et enfin l’intinction, ce moment, qui passe souvent inaperçu, où le prêtre met un petit bout de l’hostie dans la coupe, réunissant ainsi le précieux Corps et le précieux Sang du Seigneur, était le signe de la résurrection, car c’est au Christ ressuscité que nous communions.

Voilà pourquoi, il est si grand d’aller à la messe ! Voilà pourquoi souvent par notre insouciance et notre faiblesse, il nous arrive — moi le premier — de passer complètement à côté, rendant les messes auxquelles nous participons bien peu profitables pour nous ! Oh, je ne dis pas qu’il faut se prendre pour Padre Pio et tenter de vivre la messe exactement comme lui — car ce qu’il a vécu est une grâce personnelle — mais son exemple est un appel à entrer toujours plus pleinement dans l’Heure de Jésus, que la semaine sainte nous donne de revivre encore plus pleinement dans une diffraction de journées pour nous rendre encore plus palpable la réalité de ce qui nous est donné de vivre dans la foi. Voilà pourquoi il est si beau de vivre aussi pleinement que possible la semaine sainte ! « J’ai désiré ardemment manger cette pâque avec vous » (Lc 22, 15). Allons-nous cette année nous laisser quelque peu entraîner dans cet élan d’amour ? Nous venons d’entrer avec Jésus à Jérusalem, en l’acclamant : « Hosanna, au plus haut des Cieux ! » Allons-nous accepter de sortir avec lui de l’enceinte de la ville « pour mourir avec lui » (Jn 11, 16) ? La Lettre aux Hébreux (13, 12-15) nous indique ce qu’il nous reste à faire : « Jésus, voulant sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert sa Passion à l’extérieur des portes de la ville. Eh bien ! Pour aller à sa rencontre, sortons en dehors de l’enceinte, en supportant l’injure qu’il a subie. […] Et, en toute circonstance, offrons à Dieu, par Jésus, un sacrifice de louange, c’est-à-dire les paroles de nos lèvres qui proclament son nom. » : « Jésus Christ est Seigneur » (Ep 2, 11) en fléchissant les genoux avec les anges et les saints du ciel sans attendre que les enfers le fassent avec nous !

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