Homélie du 2 juin 2024 - Solennité du Saint-Sacrement - Fête-Dieu

Communiez, et rayonnez dans l’action de grâce !

par

fr. Hugues-François Rovarino

Ce matin ne ressemble à aucun autre. C’est le cas pour vous qui allez recevoir le Corps du Christ pour la première fois ! Mais c’est aussi le cas pour nous tous ici : car lorsqu’un membre de l’Église grandit dans sa vie chrétienne, tous les autres membres en bénéficient mystérieusement.
Nous sommes tous concernés par ce matin extraordinaire. Nous communions à votre communion ; et par votre communion, vous communiez d’abord au Christ, au Corps du Christ, comme nous tous. Et ce Corps que nous allons recevoir ensemble, par le sacrement de l’Eucharistie, nous unit ; et il fait de notre communauté un immense Corps du Christ, son Église.

Mais si ce matin ne ressemble à aucun autre, c’est aussi parce qu’en cette heure, je vais vous raconter une histoire. D’ordinaire, les histoires on les raconte plus tard, en après-midi ou avant de dormir, mais là nous ferons autrement. Car ce moment est unique.

Imaginez. Il y a bien longtemps, une ville, celle de Naples au XIIIe siècle, avec une chapelle et un homme en prière ; rien que de très courant…
Tôt le matin, il priait à la chapelle Saint-Nicolas. Un sacristain, Dominique de Caserta, qui l’observait, le vit soudain en lévitation et en dialogue. Le religieux était en train de demander, inquiet, si ce qu’il avait écrit sur les mystères de la foi chrétienne était juste. Et le Crucifié répondit : « Tu as bien parlé de moi, Thomas, quelle sera ta récompense ? » Et la réponse ne se fit pas attendre : « Rien d’autre que Toi, Seigneur ! Nisi Te, Domine ! » Moment saisissant : on aurait aimé y être !

Ce matin pourtant et heureusement, et au-delà des siècles et des distances, le crucifix napolitain parle encore, et nous pouvons lui répondre. S’il s’est adressé jadis à saint Thomas d’Aquin en prière, cet épisode passé ne cesse de manifester l’ampleur et la vérité de ce qui se livre aussi dans les célébrations chrétiennes. Et dans la communion. Avec une réalité plus grande encore !
Cette réponse, n’est-ce pas celle que nous voudrions dire à notre tour : « Rien d’autre que Toi, Seigneur ! » Cette réponse porterait-elle notre existence ? En la livrant, sommes-nous prêts à livrer notre vie ? En venant auprès du Seigneur à l’église, à la messe ne devons-nous pas être tout entier dans cette réponse ? De même, pendant la prière eucharistique lors de l’élévation du Corps et du Sang du Seigneur ? Et aussi lorsque nous avançons à la communion, portés par le désir, appelant sa bénédiction, nous nourrissant de sa présence ?

« Rien d’autre que Toi, Seigneur ! » N’est-il pas enthousiasmant de pouvoir être nous-mêmes tout entiers dans ces mots ? Ils ne sont pas trop grands pour nous, sûrement pas ! Et l’on comprend alors dans la suite d’une telle rencontre qu’il y ait un recueillement, un silence de l’âme accueillant son Sauveur, son Seigneur.
Pensons à cette confidence de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face : « Ah ! qu’il fut doux le premier baiser de Jésus à mon âme !… Ce fut un baiser d’amour, je me sentais aimée et je disais aussi “je vous aime, je me donne à vous pour toujours”. Depuis longtemps Jésus et la pauvre petite Thérèse s’étaient regardés et compris » (MA, 35r°). « Je me répétais sans cesse ces paroles de saint Paul : “Ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus qui vit en moi.” Depuis cette communion, mon désir de recevoir le bon Jésus devint de plus en plus grand » (MA 36r°).

Ne craignons pas de nous laisser emporter par le Seigneur vers ses propres rivages. Les circonstances de ces grandes heures peuvent nous paraître banales, habituelles ou trop discrètes. Pourtant Jésus a aussi aimé la pauvreté de Bethléem, l’humilité de Nazareth, la joie de Cana et la simplicité de Capharnaüm où il a demeuré. Car ce qui est en jeu est une réalité infinie.
Par cette présence personnelle et sacramentelle — qui est comme une amitié profonde — Jésus vient nous rejoindre, nous accompagner, nous fortifier, nous consoler, nous incorporer de mieux en mieux à son Église, à son Corps.

Si l’Eucharistie est discrète en sa forme, elle porte cependant la vérité d’une force incomparable : la force de la charité.
« Devenez ce que vous recevez » (S. Augustin, Sermon 272). L’Église continue la présence du Christ. « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde », promit Jésus avant son Ascension (Mt 28, 20). Cette présence vient ainsi à nous, avec son Corps eucharistique. Et le Corps du Christ, l’Église, s’étendra, se développera avec l’accueil du corps du Christ, ce sacrement.
Ce Corps reçu pour s’en nourrir n’est pas diminué. Multiplié, il nous rend de plus en plus « membres les uns des autres », comme l’écrira saint Paul (Rm 12, 5). Il nous rend acteur de la charité de Dieu, attentifs à tous avec lui, le Sauveur des hommes.
Alors l’Église Corps du Christ devient de plus en plus au sein de notre monde le signe de la réelle présence de Dieu. Elle appelle sans cesse à la conversion radicale et joyeuse ceux qui vont murmurer au Seigneur les paroles de Thomas : « Rien d’autre que Toi, Seigneur ! Nisi Te, Domine ! Vis en moi, et que tes sentiments passent par moi, toujours. Pour rayonner de ta charité. »

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