Homélie du 25 avril 2004 - 3e DP

«Pierre, M’aimes-tu?»

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L’Église est née au pied de la croix, du côté ouvert de Jésus crucifié.

Écoutons avec Pierre ce que l’Ange dit à l’Église naissante, aux saintes femmes au seuil du tombeau ouvert au matin de Pâques : «… Il est ressuscité, il n’est pas ici … Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée: c’est là que vous le verrez…» (Mc 16,6-7).

Pierre a obéi à la parole de Dieu que l’ange a demandé aux saintes femmes de lui transmettre ainsi qu’aux apôtres. Il a quitté Jérusalem avec les autres disciples non dans la désespérance du chemin vers Emmaüs où deux d’entre eux croyaient que tout était fini (Lc 24,19-21), mais dans l’obéissance à la Parole du Seigneur, pour aller en Galilée, terre à évangéliser en soi-même et dans le cœur des autres pour rencontrer le ressuscité qui nous y précède toujours.

C’est dans cette obéissance confiante et première à Dieu en sa parole que va pouvoir s’accomplir la rencontre sur les bords du lac. Cette obéissance n’est pas sans combat intérieur. Pierre reprend son ancien travail, retourne un peu ainsi en arrière, non confirmé encore pleinement dans Bonne Nouvelle, de revenir parfois en arrière: après des moments si hauts des fêtes pascales, comme si rien ne s’était passé, accompli.
C’est dans l’obéissance première à la parole de Jésus qui dit à Pierre de jeter les filets à droite, que va pouvoir s’accomplir la pêche miraculeuse.
C’est dans le cadre de cette obéissance première de Pierre à qui Jésus a confié son Église, que va s’accomplir sa confession d’amour.

Nous avons du mal à croire à ce mystère de la Résurrection de notre Sauveur: de l’amour de Dieu victorieux de la mort. Mystère de la foi enchâssé dans un mystère d’Amour et habité par lui. A Césarée de Philippe, Jésus avait posé à ses disciples la question de foi: «Pour vous, qui suis-je?» (Mt 16,15-17). Et à celui qui lui avait admirablement répondu, inspiré par le Père, Jésus ressuscité pose aujourd’hui une question d’amour. Confession d’amour en écho à sa confession de foi: consolation de Pierre en écho à son exaltation.

Ouvert par le signe de la pêche miraculeuse et du repas partagé, prenons alors le chemin de la consolation de Pierre qui est chemin de confession d’amour. Quand on pose à quelqu’un la question: «M’aimes-tu?», cela peut être pour trois raisons:
-* Pour faire la vérité: pour que l’autre révèle et proclame la vérité de son cœur, de son amour.
-* Pour que l’autre, par cette interrogation, cette possible remise en cause, fasse un saut dans un amour plus profond, monte une marche dans un amour plus haut: question qui suscite un réveil, un sursaut de l’amour attendu, espéré.
-* Pour que l’autre, en proclamant son amour, grandisse dans cet amour, y soit confirmé, dans la surabondance de l’amour qui se donne en vérité, qui ne peut que croître alors: naturellement par la grâce elle-même de l’amour déjà là.

C’est pour ces trois raisons que Jésus interroge Pierre:
-* pour faire la vérité après le reniement: pour faire passer Pierre par le seul chemin de l’amour vrai: l’humilité de l’amour.
-* pour faire grandir, monter Pierre en cet amour du Sauveur.
-* pour que ce dialogue nourrisse naturellement la grâce d’aimer déjà dans le cœur de Pierre.

Mais voilà que Pierre est peiné, et ceci pour cinq raisons:
-* Car Jésus l’interroge devant les autres disciples.
-* Car Jésus l’interroge sur son amour orgueilleux et présomptueux: orgueilleux, se croyant meilleur que les autres: orgueil renforcé par une présomption de ses forces sans la grâce de Dieu. L’amour ne se vante pas extérieurement ou intérieurement comme le pharisien face au publicain, comme Pierre avant la Passion devant les autres disciples, ne méprise ni n’est indifférent à aucun de ses frères, si pauvre soit-il, ne présume pas de ses forces, ne se compare pas à l’autre (1 Co 13,4-7).
-* Car Jésus interroge Pierre par trois fois.
-* Car Jésus l’interroge ainsi en faisant mémoire de son triple reniement.
-* Car Jésus qui commence par interroger Pierre sur son amour gratuit de Dieu, va l’interroger à la troisième fois, même sur son amour d’amitié avec Dieu. Pour comprendre cela, il faut retenir que Jésus interroge Pierre les deux première fois sur son amour gratuit de Dieu en utilisant le verbe ??????: et que Pierre répond humblement en disant qu’il aime Dieu, mais d’un amour simplement d’amitié, qui reste en grande partie intéressé, si beau soit-il, en utilisant le verbe qui correspond à cela en grec ?????. Et voilà que la troisième fois, Jésus va l’interroger même sur son amour d’amitié en utilisant lui-même ce verbe ????? que Pierre reproclamera lui-même une dernière fois.

En ce jour nous est posée par trois fois, comme à Pierre, cette question, par Jésus ressuscité, mendiant de notre amour, de l’amour vrai, l’amour humble, comme au puit de Jacob (Jn 4,7) ou sur la croix (Jn 19,28), ici sur le bord du lac de Tibériade:
«M’aime-tu?»: cette interrogation répétitive ne se veut pas obligeante mais invitante: invitation à l’oblation en réponse à l’oblation du Fils Innocent pour les pécheurs que nous sommes. L’amour n’oblige pas, il invite avec fidélité.

Jésus lui-même, plus que quiconque, aurait pu dire à Pierre de manière obligeante: après tout ce que j’ai fait pour toi, «M’aimes-tu?»: en le lui énumérant depuis le premier jour de l’appel sur le bord du lac, jusqu’à ce jour après la Résurrection, en passant par la Croix. Que n’a-t-il pas fait pour nous depuis le premier jour où il nous a dit «venez et voyez» jusqu’à ce jour où il vient nous dire «suis-moi». Seule l’Épouse, L’Église, nous interroge en son nom le Vendredi Saint en la divine liturgie de la Croix: «Que t’ai-je fait, ô mon peuple, pour qu’à ton Sauveur tu fasses une croix?»
Non: juste la question «M’aimes-tu?» qui appelle la mémoire et la reconnaissance, aqueduc de la charité au cœur de notre vie, deux vertus atrophiées de l’âme de l’homme d’aujourd’hui.

– «M’aimes-tu?»: «oui Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime».

– alors «Pais mes brebis» car le fondement de toute mission, de tout service de l’Église, Épouse du Christ, c’est la charité, l’union et la communion d’amour au Christ Sauveur.

– et « Suis-moi»: par la prière, la vie sacramentelle et le service fraternel, car c’est le seul chemin pour demeurer avec moi qui t’ai tant aimé et que tu aimes: le chemin que j’ai pris pour toi, jusqu’à toi pour te conduire dans la demeure de mon Père et de ton Père. Chemin de la Passion, de la mort et de la Résurrection.

Écoutons, dans l’attente de l’Esprit, ce que l’Ange dit à l’Église toujours naissante dans la lumière du matin de Pâques qui illumines ces semaines, et nous pourrons, à la suite de Pierre, rencontrer le Ressuscité et confesser en parole et en acte notre amour du Dieu juste et Sauveur. Ainsi soit-il.

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